Le réquisitoire contre l’écrivain Boualem Sansal -dix ans de prison- rappelle des vérités qu’Alger veut cacher sous des apparences démocratiques. La justice, comme la presse, est aux ordres de vieux dirigeants militaires et civils qui imposent un récit national qu’ il est impossible de contester. Sans véritable légitimité venue du peuple, le régime gouverne par la peur et, en même temps, a peur de ce peuple…. Il n’y a qu’à lire ce qu’écrivait l’Agence Presse Service, la voix de son maître, à propos des réactions françaises à son arrestation pour comprendre ce que reproche vraiment le pouvoir à l’écrivain : « la France prend la défense d’un négationniste, qui remet en cause l’existence, l’indépendance, l’Histoire, la souveraineté et les frontières de l’Algérie ». Le président Tebboune lui-même déclarait : « Vous envoyez un imposteur qui ne connaît pas son identité, ne connaît pas son père et vient dire que la moitié de l’Algérie appartient à un autre État ».
L’Algérie ne supporte pas d’avoir un passé moins riche que le Maroc – ce qui explique en partie son soutien au Polisario destiné à déstabiliser le royaume chérifien. Boualem Sansal a dévié, il doit en payer le prix. Et la crise avec la France, plus ou moins instrumentalisée et amplifiée par le ministre Retailleau aggrave la situation.
En Turquie, « l’alibi » du pouvoir, tout aussi autocratique, est différent tout en étant voisin. C’est le terrorisme ou le soutien au terrorisme. La lutte contre les Kurdes, contre le PKK qui, pourtant, est prêt à déposer les armes et à se dissoudre, est constitutif du récit national d’Erdogan. Quiconque menace, même légalement dans les urnes son pouvoir est corrompu, proche des terroristes… Le « crime » d’Ekrem Imamoglu, le populaire maire d’Istanbul, déjà empêché de se présenter en 2022 : être sur le point d’être désigné candidat de son parti, le CHP, Parti républicain du peuple, pour 2027.
Des centaines de personnes ont été arrêtées, la jeunesse supporte de moins en moins le président et le manque de liberté.
Attention à la contagion ! Sur tous les continents, trop de dirigeants, souvent bien élus, se laissent tenter par des dérives autocratiques sous le prétexte assez partagé qu’un régime fort est plus à même de développer un pays. Une voie autoritaire choisie, bien sûr, au nom du peuple….