Dans un long entretien accordé au journal français L‘Opinion, publié le 2 février, le président algérien Abdelmajid Tebboune affirme qu’entre Paris et Alger le « climat est délétère » et que le « dialogue politique est quasiment interrompu ». Il évoque le risque d’une « séparation qui deviendrait irréparable ». Un véritable réquisitoire contre la France, mais sur tout contre son ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qui venait d’échouer à expulser l’influenceur Doualemn accusé d’appels à la haine et au meurtre d’opposants algériens.
« Tout ce qui est Retailleau est douteux » assurait le président algérien et sa presse, aux ordres, en rajoutait. El Moudjahid, le quotidien gouvernemental titrait « ce ministre est cynique » et El Khabar, journal arabophone à grand tirage, « Retailleau, ministre de la haine et de l’hostilité contre l’Algérie ». L’Expression l’accusait d’avoir donné « des instructions » pour « malmener » les voyageurs algériens aux aéroports de Paris et le qualifiait de « haineux et agité ». Echourouk, le quotidien le plus vendu du pays, dénonçait « une vengeance ignoble contre les Algériens ».
Ces déclarations et commentaires peu amènes font, en réalité, partie d’un plan révélé il y a trois semaines par Maghreb Intelligence. « Selon nos sources », écrivait le site, « Abdelmadjid Tebboune a demandé à tous ses services et toutes les officines du pouvoir algérien de se lancer dans une « guerre sans merci » contre Bruno Retailleau. Ce dernier est désigné comme l’ennemi public de l’Algérie et comme un danger majeur contre ses intérêts en raison de ses accointances avec l’extrême droite française et les lobbys marocains ou israéliens hostiles à la forte présence algérienne sur le territoire français ». Pour mener sa campagne, Alger souhaitait enrôler des personnalités comme Dominique de Villepin ou Jean-Yves Le Drian et aussi les mélenchonistes de LFI.
En France, Bruno Retailleau ne cesse de monter en puissance au point que certains, journalistes ou simples citoyens, se demandent s’il ne se prend pas pour le Premier ministre et le trouvent également assez « douteux ». Il est devenu le leader de la droite, loin devant Laurent Wauquiez.2027 se rapproche et nul doute qu’il songe à l’Elysée, tout comme ses rivaux Darmanin, Philippe et bien sûr Wauquiez, déjà candidat.
L’immigration continue son cheval de bataille. « Un demi-million d’entrées par an, c’est trop » insiste-t-il en se prononçant pour la tenue d’un référendum qui lui donnerait raison. Les sondages indiquent que 65 à 67% des Français croient à la réalité de la « submersion » migratoire, que 82% réclament des textes facilitant les expulsions. Des chiffres aussi « douteux » que le ministre car tout est confondu, immigration légale dont la France a besoin et qui n’est pas rejetée, et immigration illégale qui doit être combattue.
Dans sa marche vers le sommet, Retailleau mène d’autres combats, pour la sécurité et contre le narcotrafic. Il veut, dit-il au Journal du Dimanche, lutter contre l’immobilisme car « il y a un déséquilibre profond dans notre droit : l’État est désarmé, il ne parvient plus à protéger suffisamment la société, tandis que les droits individuels sont poussés à l’extrême. Quand une règle ne protège plus les Français, il faut la changer ».
Un duel avec Darmanin, l’autre ministre ambitieux, pour être le meilleur…