Inouï, ahurissant, surréaliste, stupéfiant, sidérant, incroyable, historique… Les mots manquent pour qualifier le clash entre Trump et Zelensky. « Ça va faire un grand moment de télévision » a osé le président américain comme s’il s’agissait d’un spectacle. D’ailleurs, c’en était un, une embuscade, un piège dans lequel est tombé Zelensky, un « match » à deux contre un. Face au monde entier, Trump, assisté de Vance, a voulu dresser deux portraits opposés, celui d’un homme fort qui veut la paix et celui d’un dirigeant faible qui refuse cette paix.
« Je ne suis aligné sur personne. Je suis aligné avec les Etats-Unis d’Amérique. Et pour le bien du monde, je suis aligné avec le monde , et je veux en finir avec cette affaire. » Trump veut sauver des vies, sauver l’Ukraine et pour bien prouver au monde qu’il est un homme de paix, il affirme qu’il a « arrêté beaucoup de guerres » avant qu’elles ne commencent. Obsédé par son image, par celle qu’il laissera, il brigue le Nobel de la paix.
La paix, il est le seul capable de l’imposer, avance-t-il. Poutine a peut-être rompu des accords conclus avec Obama et le « stupide » Biden car il ne les respectait pas. « Moi, il me respecte ».
Avec son vice-président, il a fait apparaître le président ukrainien comme un fauteur de guerre. Dès le début de l’entretien, Zelensky avait braqué son hôte en lui présentant des photos de prisonniers torturés par les Russes. Aux journalistes présents dans le bureau ovale, Trump fait remarquer : « vous voyez la haine qu’il a pour Poutine. C’est très difficile pour moi de conclure un accord avec une telle haine ». Et il assène : « Je pense que c’est bien que les Américains voient ce qu’il se passe. Je pense que c’est très important. C’est pour ça que je laisse ça se dérouler aussi longtemps. Vous devez être reconnaissant, vous n’avez pas les cartes. Vos citoyens meurent. Écoutez, vous êtes à court de soldats et après vous nous dites ‘je ne veux pas de cessez-le-feu, je ne veux pas de cessez-le-feu’. Écoutez, si vous pouvez avoir un cessez-le-feu maintenant, je vous le dis, vous le prenez pour arrêter les balles et le massacre de vos hommes. Vous dites que vous ne voulez pas de cessez-le-feu, moi j’en veux un. » Et il accuse : « Vous jouez avec la vie de millions de personnes. Vous jouez avec la troisième guerre mondiale. Et ce que vous faites est très irrespectueux envers le pays, ce pays ».
Pas un mot sur les garanties de sécurité réclamées par l’Ukrainien pour signer un accord sur les minerais stratégiques. La sécurité, c’est 2% du problème » minimise Trump. Il y aura des travailleurs américains, la Russie ne les frapperaient pas…
Magnanime, il indique sur son réseau Truth social que Zelensky « pourra revenir quand il sera prêt pour la paix ». Aux conditions américaines. Dans une interview à Fox News, l’humilié, le piégé dit ne pas devoir d’excuses à Donald Trump et ne «veut pas perdre» le soutien américain. Il répète que « personne ne veut mettre fin à la guerre plus que nous ». Il entend réparer sa relation avec le président américain pour arriver à cette « paix juste et durable » qu’il réclame.
Et maintenant ?
L’ex-président russe Dmitri Medvedev, actuel numéro deux du Conseil de sécurité russe, écrit sur X que « pour la première fois, Trump a dit la vérité en face au clown cocaïné et que « le cochon insolent a finalement reçu une bonne baffe dans le Bureau ovale ». La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova estime que Trump et Vance ont fait preuve de « retenue » face à « l’ordure » Volodymyr Zelensky. Une Russie renforcée par Trump
Les Européens -pas tous- et les Britanniques sont aussi consternés que les démocrates américains. Une quinzaine de dirigeants de l’UE discuteront ce dimanche à Londres avec Keir Starmer et en présence de Zelensky de l’attitude à adopter. Une question fondamentale : les Etats-Unis de Trump sont-ils toujours des alliés ? Même le pro-américain et atlantiste convaincu Friedrich Merz ne cache plus que les temps ont changé. L’Europe doit enfin se bouger… Mais que peut-elle faire concrètement aujourd’hui si Les Etats-Unis abandonnent l’Ukraine ?