
Professeur des universités
En lisant ce qu’écrivent les Tunisiens sur Facebook, on acquiert de plus en plus la conviction que
nous nous acheminons vers la catastrophe assurée. En effet, exception faite de quelques rares statuts
élégamment ou correctement rédigés, les gribouillis où l’on tord le cou à l’orthographe, à la grammaire,
aux langues et même aux dialectes sont si sidérants que nous voyons venir à pas sûrs un cataclysme
ravageur. Créés pour faciliter la communication et l’échange, les réseaux sociaux ont paradoxalement
dévoilé notre prochaine incapacité à nous exprimer, à faire usage des mots et des phrases. Un
alphabétisme d’un genre nouveau est en train de se répandre et de se généraliser.
Qui est responsable de cet état des choses ? L’école ? Le charabia publicitaire qui a envahi les
murs et les écrans de télévision ? Les « murs » des réseaux sociaux qui ont détruit la sacralité de la
feuille blanche ? Des facteurs sournois ? Allez don savoir. Les études et les analyses relatives à ce sujet
font défaut. De plus, ceux qui essaient d’attirer l’attention sur la gravité de ce phénomène sont traités de
« gdim » (réactionnaires) et contraints de se taire.
Mais positivons un peu. La situation en question va contribuer à la création de nouveaux emplois.
Bientôt, nous verrons se multiplier des « bureaux » faisant ressurgir un métier qu’on croyait disparu :
l’écrivain public. Ils rempliront nos chèques et nos formulaires de demandes de visa, ils rédigeront nos
demandes d’embauche et nos requêtes adressées aux autorités compétentes , ils liront les courriers qui
nous seront adressés…Et si la demande est trop forte, nous ferons appel à des écrivains publics formés
à l’étranger.